Accueillir l’étranger et consoler
En nous présentant dans l’Evangile du fils prodigue ce père miséricordieux, Jésus nous révèle notre Père du Ciel et son propre cœur à Lui : « Moi et le Père, nous sommes un. » Il est Père et nous sommes ses enfants, filles et fils de Dieu. En bon Père, il nous fait participer de ses biens, toujours. A Dieu, nous devons tout : « Qu’as-tu que tu n’aies reçu ? » dira St Paul. Il est beaucoup question de nourriture parce qu’elle est nécessaire pour vivre, parce qu’elle nous dit que le père prend soin de ses enfants en leur donnant la vie. Le contraste est marqué d’autant plus fortement que manger ce que mange les cochons voudrait dire ne faire plus qu’un avec eux et l’impureté qu’ils représentent pour un juif.
« Comme il était encore loin, son père l’aperçut et fut saisi de pitié. » Il était loin, le fils, mais pas le père ! Notre Père est toujours proche, son cœur divin ne cesse de penser à nous, de nous voir, de nous aimer, de désirer notre retour, il veut partager avec nous sa vie, ses biens. Le père va rendre à son fils sa place dans la maison, il va lui donner l’hospitalité. C’est la 4ème œuvre de miséricorde corporelle : accueillir l’étranger, donner l’hospitalité. Nous pouvons dire que le fils était devenu comme un étranger, il se considérait comme tel : « Je ne mérite plus d’être appelé ton fils. » Mais le père va lui rendre sa dignité. Il le réconcilie avec lui et le fait manger à sa table. Accueillir l’étranger, c’est plus que le tolérer dans sa maison, c’est le traiter comme un membre de la maison, lui permettre de partager ce qui est un bien pour moi. Il ne s’agit pas simplement de vivre les uns à côté des autres ; être indifférents, vivre en s’ignorant, ce n’est pas cela l’accueil.
Le Catéchisme de l’Eglise Catholique (n° 2241) nous enseigne : Les nations mieux pourvues sont tenues d’accueillir autant que faire se peut l’étranger en quête de la sécurité et des ressources vitales qu’il ne peut trouver dans son pays d’origine. Les pouvoirs publics veilleront au respect du droit naturel qui place l’hôte sous la protection de ceux qui le reçoivent. Les autorités politiques peuvent en vue du bien commun dont ils ont la charge subordonner l’exercice du droit d’immigration à diverses conditions juridiques, notamment au respect des devoirs des migrants à l’égard du pays d’adoption. L’immigré est tenu de respecter avec reconnaissance le patrimoine matériel et spirituel de son pays d’accueil, d’obéir à ses lois et de contribuer à ses charges.
Dans l’accueil il y a un échange, un enrichissement réciproque. Donner l’hospitalité, c’est permettre la rencontre et les retrouvailles. Comme disciples du Christ nous avons un désir : que toute l’humanité se retrouve dans la maison du Père, que celui qui ignore l’Amour de Dieu puisse le reconnaître en nous, qu’il puisse même un jour participer à la vie du Christ en étant nourri de Lui. C’est une possibilité que n’offrent ni l’idéologie ni la peur.
Un petit mot sur la 4ème œuvre de miséricorde spirituelle : consoler les affligés. Voilà une œuvre non seulement accessible aux enfants mais aussi une œuvre qui leur correspond tant qu’ils peuvent être nos modèles. Il y a une telle sensibilité chez l’enfant qu’il est porté presque spontanément à consoler. Benoît XVI rappelait dans Spe Salvi (38) que La mesure de l’humanité se détermine essentiellement dans son rapport à la souffrance et à celui qui souffre. Cela vaut pour chacun comme pour la société. Une société qui ne réussit pas à accepter les souffrants et qui n’est pas capable de contribuer, par la compassion, à faire en sorte que la souffrance soit partagée et portée aussi intérieurement est une société cruelle et inhumaine. Cependant, la société ne peut accepter les souffrants et les soutenir dans leur souffrance, si chacun n’est pas lui-même capable de cela. Nous sommes invités tous à faire quelque chose car la souffrance existe toujours. Il n’y a pas de place pour l’indifférence, pour la distance. Accepter l’autre qui souffre signifie, en effet, assumer en quelque manière sa souffrance, de façon qu’elle devienne aussi la mienne.
Consoler, c’est être avec celui qui est seul, celui qui souffre et qui se retrouve seul avec sa souffrance, et alors en le consolant il n’est plus seul, et j’apporte un baume qui peut soulager sa souffrance ou l’aider à lui donner du sens.
Abbé Pierre PEYRET +
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