Croire à la Bonne nouvelle, c’est la vivre. La foi n’est pas simplement informative, elle est performative : elle change la vie. C’est à ce changement que le carême nous invite : renouveler notre engagement envers Dieu, entrer dans son alliance plus avant.
La vie chrétienne est concrète, elle embrasse toute notre vie. La foi se manifeste à travers les œuvres, des œuvres qui touchent le corps ou qui remplissent l’âme. Ce sont des actes concrets et quotidiens, destinés à aider notre prochain corporellement ou spirituellement. Les biens que possèdent les uns et dont manquent les autres deviennent une aumône et chacun de ces biens font l’objet d’une œuvre de miséricorde.
La 1ère œuvre de miséricorde corporelle : Donner à manger aux affamés. Le Seigneur dit que « l’homme ne vit pas seulement de pain », pas seulement mais aussi de pain. Ressentir la faim, manquer de force par manque de nourriture, vivre dans l’angoisse du lendemain ne permet pas de bien vivre. Ne pas pouvoir subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille est une situation inconfortable voire dramatique. « J’avais faim et vous m’avez donné à manger » est le premier compliment que Jésus veut nous faire quand nous paraîtrons devant Lui au jugement dernier. Qu’est-ce que cela peut signifier pour nous ? Nous savons malgré tout qu’il peut encore être difficile pour beaucoup de nourrir sa famille et des associations cherchent à pallier cela. Nous pouvons y œuvrer. Au-delà nous pouvons entendre ce que le Pape François soulignait dans son encyclique sur l’écologie : la nécessité d’interroger nos modes de vie, le gaspillage, le niveau de consommation ou la culture du déchet qui met en péril les ressources présentes et à venir. Dans l’une de ses formules, il disait « Jeter la nourriture, c’est la voler aux pauvres. » Avec un tiers des aliments produits qui sont jetés, le vol est monnaie courante. Donner à manger à celui qui a faim peut aller au-delà de donner un morceau de pain quand il s’agit de s’attaquer aux causes de la famine ou de la malnutrition : le manque d’éducation, les choix économiques aux conséquences désastreuses, l’absence de travail, les guerres. Peut-être avons-nous alors des compétences à exprimer, à mettre en œuvre ? Sachons voir celui qui est affamé, dans le besoin, le pauvre Lazare à la porte de la maison. Sachons voir ce dont chacun a vraiment besoin, sans a priori ni jugement.
Un jour un bédouin est venu frapper à la porte du Bx Charles de Foucaud pour lui demander du pain. Le Bx ne voulut pas le lui donner avant qu’il ait fait un petit travail ; il y avait là de quoi faire des briques… Charles lui laissa le temps, mais l’autre s’assit et attendît sans rien faire (il n’avait pas envie, il prétexta être trop fatigué). Alors Bx Charles de F. le raccompagna à la porte. Le bédouin lui dit : « Tu ne me donnes rien aujourd’hui ? – Si ! Je te donne un bon conseil : si tu veux manger, il faut travailler. » Sans aucun doute le Bx agit avec discernement, et il avait donné les autres jours puisque le bédouin dit « aujourd’hui ». Il nous faut toujours donner par Amour et st Jean prévient : « Si quelqu’un jouissant des biens de ce monde, voit son frère dans la nécessité et lui ferme ses entrailles, comment l’amour de Dieu demeurerait en lui ? » 1Jn 3,17 Celui qui meurt de faim, il faut le nourrir avant de l’enseigner.
Le Bx de F. a donc pratiqué la 1ère œuvre de miséricorde corporelle avant de faire la 1ère spirituelle. St Augustin écrit : « Il ne faut donner que ce qui ne peut être nuisible ni pour vous ni pour un autre… Et lorsque vous croirez devoir refuser à quelqu’un ce qu’il vous demande, expliquez-lui les justes motifs de votre refus pour ne pas le renvoyer sans qu’il n’ait rien reçu. Et parfois vous lui aurez donné quelque chose de bien préférable en lui faisant comprendre l’injustice de sa demande. »
Conseiller, plus particulièrement conseiller ceux qui sont dans le doute : c’est la 1ère œuvre de miséricorde spirituelle. Le conseil concerne l’intelligence pratique : comment agir et bien agir, vivre avec justice dans les situations concrètes de notre vie. Il arrive parfois que nous soyons pris au dépourvu, sans savoir que faire, quelle décision prendre ; nous n’arrivons pas à discerner ce qui est meilleur ou simplement si c’est bien ou pas. Nous ne sommes pas toujours bon juge de nous-mêmes. Le conseil est nécessaire. « Donne conseil à celui qui hésite » dit l’ecclésiastique. Dans l’ancien testament il y a la belle figure de la mère des sept fils : elle leur conseil de ne pas trahir la loi de Dieu face à un pouvoir injuste. Tout près de nous Marthe Robin conseille des milliers de personnes dans leur choix de vie et leur fondation. Se faire conseiller permet de formuler ses interrogations, de voir clair et de recevoir des lumières, de chasser le doute et ses obscurités.
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